HENRIETTE

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HENRIETTE

(Une autre petite historiette du Mans).

 

À l’époque pas si reculée des preux chevaliers notre amie Henriette (du Mans elle aussi) est fille de veuf; le forgeron, maréchal ferrant du coin nommé Troën.

Il ferrait les chevals (on l’écrit comme ça car il en faisait qu’un a la fois).

Le rêve secret de cet artisan est de fabriquer une machine qui puisse rouler toute seule sans chevaux (là il n’y a pas de cheval mais l’on écrit chevaux car normalement il en faut au minimum deux. Essai de suivre bon dieu).

Il travaille jour et nuit, sans lassitude, avec énergie et courage comme ceux qui ont un but à atteindre, un Graal à trouver, une quette à accomplir (comme ma sœur mais ça c’est une autre histoire la quette de ma sœur)

En bref je te passe les détails mais le fait est que petit à petit, cahin caha, tant bien que mal, péniblement après des heures et des heures de recherche et de travail acharné il forge un superbe moteur sans même savoir comment l’appeler car ça n’existe pas encore.

 

Il l’appelle quand même « Moteur ».

 

Ce nom lui est venu spontanément, comme ça, sans réfléchir. Peut être que son master 2 en grec ancien l’a aidé quelque peu. Allez savoir pourquoi ce mot qui n’a rien à voir avec cette langue morte lui est apparue aussi subitement?

Lorsque l’on est forgeron un tel niveau d’études n’est vraiment pas indispensable. Il aurai mieux fait de passer un master 2 de latin. C’est plus utile.

A mon avis tout ça c’est pour faire l’intéressant.

 

Il peaufine sa découverte en installant une sorte d’armure métallique autour.

Il la choisie sans toiture histoire d’avoir les cheveux au vent; c’est plus sport.

Copiant sur les carrosses à quatre chevaux il installe des portes d’accès sur les côtés.

Une même révélation s’installe de nouveau dans son cerveau fécond.

Il nomme cette coque « carrossage ».

Le mot carrosserie n’est apparu que bien plus tard dans le langage familier.

En effet, c’est à la suite d’un différent familial avec son salopard de beau frère réclamant la paternité de la trouvaille qu’un juge du Mans assermenté déclare:

« In fine, c’est un cas de rosserie ».

Il eu gain de cause et s’en trouva fort satisfait.

 

Fou de joie il court avertir sa fillotte Henriette dûment autorisée à connaître le secret de cette si révolutionnaire fabrication.

« Henriette, Henriette, vient vite voir je viens d’inventer la voiture ». Le mot lui est sorti instantanément de la bouche.

Je veux que tu sois, Henriette, épatée ».

« De fait nous garderons l’appellation » lui répondit sa fille.

« Fait moi donc voir comment carbure cet engin ».

« Ça marche à l’huile de colza.

Surtout n’en parle pas alentour. Nous risquons d’être taxé sur une énergie fabriquée par mes soins si cela s’ébruite.

Assez de ces foutriquets qui se gobergent sur le dos des professions indépendantes, libérales et honnêtes ».

Par contre les roues en bois ne sont pas très pratiques. J’envoie une missive explicative à mon ami Michmich Eulin. Il va bien me trouver une solution. C’est lui l’inventeur du « Bibe en dôme » pour les bébés.

Je suis maréchal ferrant, lui est « clermont »; c’est un autre grade dans la confrérie des faiseurs manuels.

 

Bref elle s’installe aux commandes de l’appareil, tire sur la bobinette de démarrage et du premier coup réussi à le dompter; mais non sans mal.

Notre animal toussote, tremble, rechigne à s’ébrouer puis finalement crache sa fumée et s’ébranle.

Des engins monstrueux elle en avait déjà vu et pris en main mais jamais, au grand jamais, comme celui là.

Papa aurait dû lui expliquer toute la douceur nécessaire à cette nouvelle expérience.

Encore eut il fallut qu’elle le susse.

 

De ce jour elle alla se balader, toujours sur le même circuit afin de ne pas faire peur à tous les Animals (on devine là son manque de culture) ni attiser la convoitise des curieux; les pauvres sont souvent méchants et envieux (de la vieille) des riches.

 

Hélas, un jour, le patron du château voisin, messire d’Abeille, apprend la nouvelle.

Il dépêche céans Thomas Foto son collecteur d’impôts, intendant général, originaire de Villenave d’ornon (on verra pourquoi plus tard).

« Va te renseigner », lui dit il, « et tâche de trouver quelque argent à raffler. On doit refaire les toilettes du château, c’est le moment où jamais. Ensuite je pars à la chasse. Je serai au bout du rouleau en rentrant mais si tu fais ça bien j’essuierai ta dette. Tu ne sera plus dans la m…. comme tous ces gogueneaux goguenards qui se torchent avec leurs feuilles d’impôts.

« Si fait patron » et il enfourcha son meilleur destrier qui d’ailleurs était une destrière avec qui il entretenait d’étroites relations plus ou moins avouables; mais cela ne nous regarde pas.

Il roda (comme Gil) autour de la forge et surpris notre héroïne (qui pourtant ne se droguait pas) en train de partir faire son tour habituel dans la décapotable.

Sans faire plus de bruit qu’il n’en faut, chose difficile car le forgeron n’a pas encore inventé le pot d’échappement, la fillotte entame son circuit habituel sans jamais se douter d’être surveillée.

Notre collecteur piste la belle comme le chasseur piste le petit lapin blanc immaculé et innocent.

Évidemment ils tombent nez à nez (à la cire « Ano ») à la sorti d’un virage.

« Thomas Foto » se présentât t’il.

« Non merci t’es trop moche » lui répondit elle et démarra à fond la caisse en direction de la route de Bergerac.

Aussitôt nôtre questeur se lance à sa poursuite.

Le véhicule motorisé prend rapidement de la distance et disparaît dans la nature.

Henriette, croyant avoir semé l’infâme, entreprit de se refaire une beauté en route (pratique qui se voit encore de nos jours).

C’est sans compter sur la ténacité du laquais.

A peine deux minutes après cet intermède pictural elle aperçoit ce monstre de polyvalent dans son miroir de courtoisie.

Ni une, ni deux elle passe la vitesse supérieure et tente d’échapper à son horrible poursuivant.

C’est mal connaître le cancrelat. Il s’accroche, pousse sa bête, remonte à son niveau.

Mais le monstre d’acier n’a pas dit son dernier mot. En lâchant un pêt malodorant (le moteur pas Henriette bien sur) elle distance le vil navet (originaire nous l’avons vu plus haut de la banlieue Bordelaise).

Je vais l’avoir à l’usure se dit elle en elle même et en français car elle était bilingue.

La folle poursuite dura ainsi un jour et une nuit sans pratiquement d’arrêt (si ce n’est un petit pipi de temps en temps. On est pas des bêtes).

Arriva ce qui devait arriver. Le canasson de l’autre enfoiré rendit l’âme et c’est à pied que le susdit fini sa folle épopée.

De retour chez elle, la finaude raconte toute l’histoire au vieux.

Fier comme un bar tabac, il dit à la chair de sa chair : » J’espère que tu n’a pas coulé une bielle sinon il faut que je la commande à Cadix, en Espagne. Si c’est ça je vais péter une durite. Par contre tu m’as donner une idée. Je vais aller voir d’Abeille et lui proposer de refaire la poursuite tous les ans. Ainsi nous attirerons du monde pour la course et on se partagera les benefs ».

« Super mon Papounet » lui dit elle.

 

Le lendemain ils rencontrent le boss qui, bien sur, trouve le deal extraordinaire.

La machine infernale contre le fier étalon.

« Merci Troën pour cette idée lumineuse avec ta deux chevaux » ( là on l’écrit normal) lui dit le monarque local originaire de Flandre. « Je vais monter une société de remorquage par tous les temps. Je suis certain que ça va marcher ».

 

Depuis, après bien des recherches sur le nom de la compétition, les vingt quatre heures du Mans perdurent et rapportent toujours autant de pognon au seigneur du comté.

 

Aller à dix chats

 

 

Michmich Debordo.

 

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